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POUR UNE PARCELLE D’HUMANITE

Juillet 2021


Petit retour en arrière. Nous sommes le 8 avril. Le personnel soignant de nos hôpitaux continue de se battre sans relâche et consent à des sacrifices, parfois jusqu’à l’épuisement, pour sauver des personnes touchées par le Covid et en grave déficience respiratoire. S’ajoute à cette situation préoccupante une inquiétude obsessionnelle de manquer de lits, mais aussi de personnel pour prendre en charge les nouveaux malades.


Le même jour, les députés débattent à l’Assemblée nationale d’une proposition de loi visant à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté, sous la férule de leurs partisans bien décidés à en découdre. Ces derniers mettent en avant des arguments abondamment relayés par les médias et l’ADMD. Les deux principaux arguments avancés sont la liberté individuelle de choisir sa mort et le droit de mourir dans la dignité. Comme chacun sait, le texte de la proposition de loi a été noyé par des milliers d’amendements déposés par ses opposants, mais là n’est pas le sujet.


Ainsi, au moment même où tant de médecins se battent pour la vie de leurs patients, un certain nombre de parlementaires montent au créneau pour que soit inscrite dans la loi la possibilité, pour ces mêmes médecins, d’abréger des vies. N’y a-t-il pas là une certaine contradiction ?... Et même une certaine indécence à débattre au sein de l’Hémicycle d’un sujet aussi grave, quand dans le même temps on cherche à tout prix à éviter des morts ?

Cet événement illustre combien notre société est déboussolée et nos élites en total déphasage avec les urgences du moment. Dans ce contexte, il me semble que nous avons, au travers de notre service auprès des malades, un témoignage à donner en incarnant, aussi modestement soit-il, une petite parcelle d’humanité.


Les personnes que nous accompagnons à Lourdes, fragilisées par la maladie, le handicap, la vieillesse, ne nous donnent pas à voir qu’elles veulent en finir avec la vie. Il est vrai que la plupart d’entre elles, malgré leurs souffrances bien réelles, sont portées par la foi qui les animent. Mais nous pouvons nous persuader qu’en leur apportant ce surplus de sollicitude, d’affection, tout simplement d’amour, nous contribuons à leur bien être ; nous leur renvoyons l’image qu’une vie diminuée est toujours une vie et qu’elle vaut la peine d’être vécue. Dans les échanges musclés du 8 avril à l’Assemblée, une députée s’est écriée : « Aucun être humain ne devient indigne parce qu’il devient malade ».


Au plus fort de la crise, la pandémie nous a démontré de façon criante combien il est essentiel de cultiver ce lien…quoiqu’il en coûte !!! Les visites dans les EHPAD et les hôpitaux étaient interdites, si bien que les personnes diminuées par la vieillesse ou la maladie se sont retrouvées dans un dramatique isolement. Les statistiques restent muettes sur cet état de fait, mais à l’évidence un certain nombre d’entre elles ont pu se sentir abandonnées, inutiles, et se sont laissées tout bonnement mourir. Comme chacun sait, et nos médecins au premier chef, la présence aimante des proches permet de mieux lutter contre la maladie. Quant à ces pauvres personnes en fin de vie, elles n’ont pu bénéficier de l’assistance de leurs familles au moment du grand passage, et quand la mort est advenue, elles ont été inhumées à la sauvette, n’ayant même pas droit à un adieu post mortem. Que dire aussi de ces proches empêchés d’embrasser une dernière fois l’être cher, de le serrer dans leurs bras, de lui adresser des paroles de tendresse et de réconfort. A coup sûr, ces personnes ont dû être plongées par un profond désarroi, doublé pour certaines, et on peut le comprendre aisément, par un sentiment de culpabilité.


Ce tragique constat ne peut que nous raffermir dans notre mission auprès des malades. Plus que jamais et à fortiori en ces temps difficiles, il nous appartient de remettre de l’humain là où les règles de « distanciation sociale » peuvent générer la peur de l’autre et inciter sournoisement au repli sur soi. « J’étais malade et vous m’avez visité. » Cette béatitude nous est chère. Il nous faudrait sans cesse la méditer, la ruminer, pour nous convaincre, s’il en était besoin, qu’à chaque fois que nous nous penchons vers un malade, c’est Jésus Lui-même que nous visitons.


Alain CHARBONNIER, président de l’Hospitalité

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