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ECOUTER L’AUTRE, C’EST LE FAIRE EXISTER

Selon Charles JULIET, écrivain français : « Ecouter l’autre, c’est le faire exister ». Cette citation résume à elle seule tout le bienfait d’une écoute bienveillante.


Dans les expériences d’échanges avec nos malades, il peut parfois arriver de se sentir malhabiles ou démunis face à leurs réels besoins, aussi anodins soient-ils. Prenons un exemple : un malade se plaint auprès d’un hospitalier en service en unité de n’avoir pas fermé l’œil de la nuit. Et la réponse de l’hospitalier fuse, coupant court à toute discussion : « Normal ! C’est le voyage qui vous a perturbé, ça ira mieux demain. » A l’évidence, nous aurons raté l’occasion, en accueillant simplement ce fait, une probable possibilité d’aller plus loin avec ce malade… et la porte aura été fermée à tout dialogue.


Or, l’écoute sincère que l’on peut qualifier d’empathique ne s’invente pas. Elle exige une bonne dose d’humilité, de générosité, de patience. Elle est le fruit de tout un processus qui consiste à faire descendre son interlocuteur de son cerveau à son cœur pour le rejoindre dans l’univers de ses émotions, favorisant ainsi un véritable climat de proximité et de confiance. Pour illustrer mon propos, voilà ce qu’avait écrit le bienheureux Christian de CHERGE (prieur des moines de Tibhirine, assassiné en 1996) : « Nos relations avec les autres peuvent être des relations très superficielles, de cerveau à cerveau, mais selon ce que nous pouvons partager avec l’autre, peuvent aussi devenir des rencontres cœur à cœur, même si nous ne connaissons pas l’autre. » L’écoute est donc au cœur de toute relation vraie. Sans elle, nous serions des étrangers les uns pour les autres, des personnes qui se côtoient sans s’entendre ni se comprendre. « L’écoute est en quelque sorte la première hospitalité que je peux faire à l’autre, celui qui m’est proche. »


Ecouter ce n'est pas chercher à répondre à l'autre, sachant qu'il a, au fond de lui-même, les réponses à ses propres questions. C'est refuser de penser à la place de l'autre, de lui donner des conseils (Je vous renvoie à mon exemple du malade qui se plaint de n’avoir pas dormi). En la matière, le Christ, pédagogue hors pair, est un exemple à suivre. Quand Jésus rejoint les disciples d'Emmaüs, ils marchent dans la mauvaise direction. Or il ne leur fait pas la leçon, du moins pas tout de suite. Il ne leur dit pas où il faudrait qu'ils aillent. Il marche avec eux, même le dos tourné à Jérusalem. Mais par Sa présence et Son écoute, Il leur permet de parler, de vider l'amertume et la désespérance de leur cœur. Tant et si bien qu’ils finissent par redevenir capables d’accueil : « reste avec nous », capables de nouveauté, capables de trouver leur véritable route. Leurs yeux s’ouvrent. Chemin faisant, grâce à la présence de Jésus, ils ont pu faire la vérité et venir à la lumière. Jésus peut disparaître. D’eux-mêmes, ils retrouvent le chemin de Jérusalem et la présence de leurs frères (Luc 24, 13-35).

A l’exemple de Jésus, osons relever le défi d’une écoute bienveillante. Donne-nous, Seigneur, une attention soutenue et patiente aux malades que tu nous confies. Donne- nous, Seigneur, un cœur qui écoute.

Alain Charbonnier, président de l’Hospitalité

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