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L'INTELLIGENCE DE LA MAIN

Le mois dernier, il m’a été donné d’écouter une causerie d’un jeune normalien de 30 ans agrégé de philosophie : François-Xavier BELLAMY. Celui-ci enseigne en classes préparatoires à Paris. Il est également engagé dans la vie politique en tant que maire adjoint de Versailles. Sa causerie était en réalité, et selon ses propres termes, une « méditation philosophique » portant sur la spécificité de la main humaine dont il a voulu nous faire appréhender combien elle est un organe extraordinaire et qui mérite toute notre admiration. Il m’a semblé intéressant de vous livrer quelques unes des idées qui ont émergé de cette réflexion. Celle-ci peut nous éclairer sur l’importance des gestes que nous pouvons avoir vis à vis de nos malades et la façon dont ces gestes peuvent être perçus et les toucher si nous y mettons tout notre cœur.


La main est ce par quoi l’homme se distingue dans l’univers. A la différence du singe qui se sert de ses mains pour se déplacer, le propre de l’homme est d’être un bipède. Ses mains sont ainsi libérées par sa bipédie. Et François-Xavier BELLAMY d’en déduire que ce n’est pas d’abord par l’intelligence abstraite que l’homme se distingue mais par sa main et par l’intelligence de sa main.

La main a ceci de singulier qu’elle construit des outils. Depuis le silex préhistorique jusqu’à la fusée spatiale, c’est toujours la main de l’homme qui est à l’œuvre. La main de l’homme a donc une puissance créatrice : toute l’action que nous développons dans le monde commence par nos mains.

Notre main est aussi ouverture à la vérité. C’est par la main que nous entrons en contact avec notre environnement, que nous explorons le monde.

Nous nous servons aussi de nos mains pour entrer en relation les uns avec les autres. C’est la raison pour laquelle nous nous exprimons aussi avec nos mains, lesquelles peuvent parfois être plus expressives que nos paroles. Nos mains expriment aussi ce qui nous habite intérieurement…pour le meilleur : ces mains qui soignent, ces mains qui bénissent, ces mains qui protègent la vie, ces mains qui consolent, ces mains qui défendent ; mais aussi, reconnaissons le…pour le pire : ces mains qui menacent, ces mains qui blasphèment, ces mains qui violent, ces mains qui tuent.

Pour François-Xavier BELLAMY, il est primordial de « réconcilier l’intelligence de la doctrine, de la pensée, des concepts, des principes, des valeurs qui sont nécessaires, avec l’intelligence de la main, avec l’engagement concret, actif dans le monde. » Le monde attend que nos mains se tendent vers lui. Tant d’hommes attendent qu’on leur tende la main et qu’on revienne vers eux.


Alors, quel enseignement tirer de cette réflexion philosophique, pour nous hospitaliers dont la vocation première consiste à accompagner les malades dans leur souffrance et pour certains dans leur solitude ?

La première forme de bienveillance ne consiste pas d’abord à nous réfugier dans nos principes, dans nos croyances. Il faut que ces valeurs auxquelles nous attachons de l’importance prennent véritablement du sens en s’incarnant : dans le geste de la main qui se tend vers le malade pour se donner, se donner vraiment corps et âme, dans le geste de la main qui permet de s’ajuster à celui auquel on se donne.

François-Xavier BELLAMY définit la main humaine comme étant le prolongement de son intelligence. Il cite d’ailleurs Aristote : « Il y a une union profonde de l’intelligence et de la main ».

J’ai pour ma part la certitude que l’intelligence du cœur est une des formes les plus abouties de l’intelligence humaine. Alors, je dirais bien volontiers que la main, celle de l’hospitalier, pour être dans la sincérité du service qu’il rend, cette main ne peut être que le prolongement de son cœur. Vaste programme et combat de tous les instants, tant nos imperfections ont une fâcheuse tendance à nous tirer vers le bas et par là même à nous distraire de notre engagement.

Que Notre Dame de Lourdes emplisse nos cœurs de compassion, de charité. Qu’elle guide nos mains pour qu’elles soient des instruments qui apportent joie et réconfort auprès de nos frères et sœurs malades.


Alain CHARBONNIER - Président de l’Hospitalité

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